(ats) L'aide au développement pourra compter sur 11,11 milliards de francs pour la période 2017-2020. Le National a suivi jeudi le Conseil fédéral et mis en échec plusieurs propositions de baisse voulues par la droite. Le Conseil des Etats doit encore se prononcer.

Dès l'entame du débat, le PDC et l'UDC ont remis en question la pertinence de la coopération helvétique. Les deux formations ont cherché à renvoyer le projet au Conseil fédéral, critiquant le manque d'orientation stratégique et la dispersion des fonds. La Direction de la coopération et du développement (DDC) liste 20 pays prioritaires, mais la Suisse distribue des fonds à plus de 100 pays, a lancé Kathy Riklin (PDC/ZH).

Pour Roger Köppel (UDC/ZH), les 3 milliards dépensés annuellement ne rapportent aucune contrepartie. "L'arrivée chaque jour de milliers de migrants africains traduit l'échec de l'aide au développement", a lancé le Zurichois. "Il faut avoir le courage d'abandonner l'Afrique pour qu'elle se développe elle-même". Le Parlement a passé outre, par 103 voix contre 85.

Coûts de l'asile à part

L'udc voulait aussi renvoyer le projet arguant que les coûts de l'asile devaient être intégralement pris en compte dans le crédit-cadre de l'aide au suisse développement. Sans succès.

Le ministre des affaires étrangères Didier Burkhalter a rappelé que cela représentait 450 millions par an, soit 15% de l'aide suisse au développement. La requête de l'UDC aurait impliqué que ces fonds soient dépensés ici au lieu de servir à des programmes d'éducation ou de formation dans les pays qui en ont besoin.

Reste que les débats auront duré plus de cinq heures pour départager toutes les propositions visant à diminuer ou augmenter l'enveloppe dévolue à la coopération. Les députés avaient à disposition une fourchette de 9,6 à 16,6 milliards pour quatre ans.

C'est finalement le projet du Conseil fédéral qui l'a emporté. La manne totale s'élèvera à 11,11 milliards de francs, soit 0,48% du revenu national brut (RNB). Il y a cinq ans, le Parlement s'était engagé à consacrer 0,5% du RNB à l'aide au développement. Le gouvernement a cherché au maximum à en tenir compte, mais en même temps, il s'agissait de stabiliser les dépenses, s'est justifié Didier Burkhalter.

Réduction évitée de peu

Dans le détail, la coopération technique obtient 6,6 milliards et l'aide humanitaire 2 milliards. Le Secrétariat d'Etat à l'économie (SECO) est doté de 1,14 milliard de francs, tandis que le crédit pour la transition des Etats d'Europe de l'Est totalise 1,04 milliard. Enfin, la promotion de la paix reçoit 230 millions de francs.

La droite n'a cessé de demander de revoir à la baisse tous ces montants. La proposition du PLR de réduire l'enveloppe pour le développement à 10,6 milliards (0,45% du RNB) a failli faire mouche. Elle n'a été rejetée qu'à cinq voix près, 98 députés préférant le projet du gouvernement contre 93.

Selon la droite, il était impératif de plafonner les fonds par rapport aux montants des dernières années. Elle n'a pas non plus manqué de rappeler les incertitudes qui pèsent sur les finances fédérales. Mais l'union UDC et PLR n'a pas suffi.

La gauche a quant à elle rappelé que la Suisse avait pris des engagements pour lutter contre les crises humanitaires et climatiques actuelles. Les 11,11 milliards correspondent à 92 centimes par habitant et par jour en Suisse, une somme acceptable pour le niveau de richesse du pays.

0,7%, un "objectif à long terme"

Le camp rose-vert a déposé plusieurs propositions pour demander plus d'argent. En vain. Par 127 voix contre 63, il a aussi échoué à faire passer une augmentation progressive de l'aide publique au développement à 0,7% d'ici 2028, comme l'ONU l'a fixé pour la communauté internationale.

Didier Burkhalter a réitéré que les 0,7% restent un "objectif stratégique à long terme" mais impossible à réaliser aujourd'hui en raison des perspectives financières. La gauche n'a pas eu plus de succès en voulant réintroduire un service de communication au sein de la DDC et du SECO.

Les programmes d'aide devront comprendre autant que possible des éléments de la politique migratoire. Mais la droite dure n'a pas réussi à obliger les Etats récipiendaires à donner des gages en matière d'asile et de migration (97 voix contre 93).

L'administration devra rendre un rapport intermédiaire à la fin de la période du crédit-cadre afin de corriger si nécessaire l'orientation de l'un ou l'autre programme. Enfin, par 124 voix contre 66, le National a accepté la nouvelle loi sur la coopération avec les Etats d'Europe de l'Est.