(ats) L'exploitation de Polycom, le réseau radio national utilisé par les services d'urgence, coûtera 500 millions de francs à la Confédération d'ici 2030. Le National a donné mardi son feu vert à un crédit supplémentaire de 160 millions, sans ménager ses critiques face à un système jugé compliqué.

Le Conseil fédéral a demandé en mai un crédit supplémentaire de 159,6 millions de francs. Ce montant couvre des prestations externes de tiers pour une mise à niveau du système, indispensable face à l'évolution technologique, notamment la large bande.

Le total de 500 millions de francs comprend tant le matériel, programmes informatiques et antennes, que les ressources en personnel. Il inclut 326,6 millions pour les prestations de l'administration fédérale, somme déjà inscrite au budget 2016, ainsi que 13,8 millions destinés à des travaux de développement réalisés cette année.

Manque de rigueur

Constatant le manque d'alternative à disposition, les députés ont libéré les 159,6 millions par 186 voix sans opposition. Mais les orateurs n'ont pas ménagé leurs critiques sur ce système mis en place en 2000.

Polycom devra à l'avenir être géré avec plus de rigueur. Les délais et les étapes doivent être clairement définis et respectés par toutes les parties concernées. Il faut donc un suivi strict du dossier par le Conseil fédéral et des rapports réguliers, a exigé au nom de la commission des finances Pirmin Schwander (UDC/SZ).

Trop compliqué

En outre, d'autres solutions que Polycom, comme des systèmes permettant la transmission radio et celle de données, devront être examinées pour l'après-2030. Etaler un projet informatique sur 15 ans est "peu adéquat", la période a connu plusieurs révolutions technologiques entretemps, a insisté Daniel Brélaz (Verts/VD).

Et il faudra envisager de simplifier le système, trop compliqué. Car Polycom a fait fort ces dernières années en matière de particularismes coûteux, a poursuivi le Vaudois.

Peu enthousiasmant

Ce projet est indispensable, même s'il est "peu enthousiasmant", a reconnu le ministre de la défense Guy Parmelin. "Nous avons pris bonne note des remarques. Nous allons nous mettre d'accord avec les cantons sur la répartition des coûts en amont afin d'éviter les erreurs commises dans le passé. Les premières discussions vont dans le bon sens."

Le remplacement intégral de Polycom par un autre système constituerait un non-sens économique et technique, selon le Conseil fédéral. Il faudrait changer l'ensemble des infrastructures techniques et les 55 terminaux, ce qui coûterait trop cher et prendrait trop de temps.

Le renouvellement partiel du réseau Polycom à partir de 2018 et la répartition des coûts entre le Département de la défense (DDPS) et celui finances nécessitent une base légale solide, a poursuivi le conseiller fédéral. En attendant une modification de loi, le gouvernement a décidé de passer par la voie de l'ordonnance et a mis en consultation une révision de celle sur l'alarme, qui s'est terminée le 16 septembre.

Remous

Ce n'est pas la première fois que Polycom est la cible de critiques. Dernier épisode en date: l'attribution d'un mandat de près de 325 millions de francs à la société Atos par l'Office fédéral de la protection de la population (OFPP) a eu lieu sans appel d'offres.

C'est la seule société en Suisse à avoir la licence et les capacités pour ce mandat, s'était défendu le DDPS. Les explications obtenues sont "compréhensibles à première vue", mais le DDPS doit analyser rapidement et de manière approfondie comment on a pu en arriver là, avait insisté la délégation des finances.

Le projet impliquant un nombre élevé de parties, dont les cantons, les compétences et les responsabilités doivent être clairement définies. La délégation avait déjà constaté par le passé que le maintien de la valeur du système avait été négligé.

Système à 1 milliard

Polycom, qui permet aussi bien les communications cryptées que la transmission de données entre gardes-frontière, polices cantonales, sapeurs-pompiers ou protection civile, a été mis en place par étapes. Introduit en 2000 au Tessin, le dernier canton, Zoug, a été connecté en novembre 2015. Le système a jusqu'à présent coûté 1 milliard de francs à la Confédération et aux cantons.

Le Conseil des Etats doit encore se prononcer.