(ats) L'exploitation de Polycom, le réseau radio national utilisé par les services d'urgence, coûtera 500 millions de francs à la Confédération d'ici 2030. Suivant le National, le Conseil des Etats a soutenu mardi une rallonge de 160 millions, sans ménager ses critiques.

Comme la Chambre du peuple, celle des cantons s'estime presque contrainte d'approuver le projet faute d'alternative. Elle souligne que la gestion du projet Polycom a été entachée d'erreurs qu'il s'agit de ne pas reproduire.

Et surtout, le Conseil fédéral devra se pencher sur l'après-2030. D'autres solutions doivent être examinées. "Il n'est pas possible de rester lié à un système, à un seul fournisseur pendant 30 ans. Il existe peut-être de meilleures solutions, moins chères", a critiqué Erich Ettlin (PDC/OW).

Les sénateurs souhaitent toutefois garantir l'exploitation du système jusqu'en 2030, indispensable à la sécurité du pays. Le Conseil fédéral a demandé en mai le crédit supplémentaire de 159,6 millions de francs. Ce montant couvre des prestations externes de tiers pour une mise à niveau du système, indispensable face à l'évolution technologique, notamment la large bande.

Le total de 500 millions de francs comprend tant le matériel, programmes informatiques et antennes, que les ressources en personnel. Il inclut 326,6 millions pour les prestations de l'administration fédérale, somme déjà inscrite au budget 2016, ainsi que 13,8 millions destinés à des travaux de développement réalisés cette année.

Prix du fédéralisme

Le ministre de la défense Guy Parmelin a "compris la frustration" des représentants des cantons. "Nous payons ici le prix du fédéralisme."

Mais il n'y a pas d'autre choix, a-t-il rappelé. Le remplacement intégral de Polycom par un autre système serait trop cher et trop long. Il faudrait changer l'ensemble des infrastructures techniques et les 55 terminaux.

La transition doit être prévue dès aujourd'hui. Il faut une meilleure coordination avec les cantons, notamment sur la répartition des coûts en amont afin d'éviter les erreurs commises dans le passé. Les premières discussions vont dans le bon sens, selon Guy Parmelin.

Le renouvellement partiel du réseau Polycom à partir de 2018 et la répartition des coûts entre le Département de la défense (DDPS) et celui des finances nécessitent une base légale solide. En attendant une modification de loi, le gouvernement a décidé de passer par la voie de l'ordonnance et a mis en consultation une révision de celle sur l'alarme, qui s'est terminée le 16 septembre.

Remous récurrents

Polycom a été est la cible de critiques à plusieurs reprises ces dernières années. Dernier épisode en date: l'attribution d'un mandat de près de 325 millions de francs à la société Atos par l'Office fédéral de la protection de la population (OFPP) a eu lieu sans appel d'offres.

C'est la seule société en Suisse à avoir la licence et les capacités pour ce mandat, s'était défendu le DDPS. La délégation des finances avait toutefois insisté pour une analyse approfondie et constaté auparavant déjà que le maintien de la valeur du système avait été négligé.

Polycom, qui permet aussi bien les communications cryptées que la transmission de données entre gardes-frontière, polices cantonales, sapeurs-pompiers ou protection civile, a été mis en place par étapes. Introduit en 2000 au Tessin, il ne l'a été qu'en novembre 2015 à Zoug, le dernier canton. Le système a jusqu'à présent coûté un milliard de francs à la Confédération et aux cantons.