(ats) Les femmes doivent encore ronger leur frein. Malgré les appels du pied, un homme a été élu au Conseil fédéral mercredi. Une nouvelle fenêtre pourrait s'ouvrir lorsque Johann Schneider-Ammann partira.

En attendant, le gouvernement ne compte que deux femmes: la démocrate-chrétienne Doris Leuthard et la socialiste Simonetta Sommaruga. La PLR Isabelle Moret n'a pas réussi à devenir la deuxième conseillère fédérale libérale-radicale après Elisabeth Kopp.

En 1998, la Vaudoise Christiane Langenberger s'était déjà fait brûler la politesse par Pascal Couchepin. La Bernoise Christine Beerli a connu le même sort en 2003 face à Hans-Rudolf Merz. En 2009, la Genevoise Martine Brunschwig-Graf n'a même pas été retenue sur le ticket pour la succession de Pascal Couchepin.

Avant-dernier acte en 2010: la St-Galloise Karin Keller-Sutter a mordu la poussière face à Johann Schneider-Ammann. Les femmes PLR ne désespèrent toutefois pas. Elles comptent bien s'imposer lorsque le fauteuil du Bernois sera libre. Karin Keller-Sutter pourrait alors prendre sa revanche.

Majorité éphémère

L'accession des femmes au Conseil fédéral n'a rien d'un long fleuve tranquille. Et elles devront encore batailler ferme. Après son départ, Doris Leuthard pourrait laisser la place à un homme. Les espoirs se tourneraient alors vers le PS, voire vers l'UDC, seul parti gouvernemental à n'avoir été représenté que par des hommes.

On est bien loin de l'heure de gloire où quatre femmes siégeaient au gouvernement. De 2010 à 2011, l'exécutif ne comptait que trois hommes. Simonetta Sommaruga a fait basculer l'histoire en succédant à Moritz Leuenberger. Elle avait alors rejoint sa camarade de parti Micheline Calmy-Rey, Doris Leuthard et la PBD Eveline Widmer-Schlumpf.

Les femmes auraient même pu être cinq si Karin Keller-Sutter avait été élue. Quoi qu'il en soit, la révolution n'a été que de courte durée. Une fois le fauteuil de Micheline Calmy-Rey libre, Alain Berset s'y est assis. Les conseillères fédérales n'étaient dès lors plus que trois. Puis elles se sont retrouvées à deux en 2015 lorsque l'UDC Guy Parmelin a succédé à Eveline Widmer-Schlumpf.

Elisabeth Kopp ouvre la voie

Les femmes ont dû attendre longtemps pour décrocher des sièges de ministres. Les Suissesses obtiennent le droit de vote et d'éligibilité au niveau fédéral en 1971. Les rangs du Parlement se garnissent alors lentement de représentantes de la gent féminine.

La porte du Conseil fédéral leur reste toutefois longtemps close. Les socialistes tentent de la forcer en 1983 en présentant Lilian Uchtenhagen pour succéder à Willy Ritschard. Mais la majorité bourgeoise de l'Assemblée fédérale rejette cette candidature et élit Otto Stich.

Moins d'un an plus tard, la Suisse connaît sa première conseillère fédérale en la personne d'Elisabeth Kopp. Pendant cinq ans, le gouvernement compte une femme contre six hommes. Les déboires de la Zurichoise la poussent à démissionner et, dès 1989, le Conseil fédéral est à nouveau entièrement masculin.

Les femmes y font leur réapparition en 1993 avec la socialiste Ruth Dreifuss. Mais ce ne fut pas une mince affaire. Le Parlement n'a choisi la Genevoise que dans un second temps. Refusant la candidate officielle du PS Christiane Brunner, l'Assemblée fédérale s'est d'abord tournée vers Francis Matthey, qui, après une "semaine de réflexion" et les pressions de son parti, avait jeté l'éponge.

Mme Dreifuss est accompagnée dès 1999 par la démocrate-chrétienne Ruth Metzler. Micheline Calmy-Rey succédant en 2002 à Ruth Dreifuss, la proportion reste de deux femmes pour cinq hommes.

Coup d'arrêt

Certains croient l'heure d'un rapport de trois pour quatre arrivée en 2003. Mais c'est l'inverse qui se produit: le Parlement évince Ruth Metzler au profit de l'UDC Christoph Blocher et préfère le radical Hans-Rudolf Merz à sa collègue de parti Christine Beerli pour succéder à Kaspar Villiger.

La socialiste Micheline Calmy-Rey reste alors la seule femme au Conseil fédéral. Elle est rejointe en 2006 par la démocrate-chrétienne Doris Leuthard. Fin 2007, l'Assemblée fédérale décide de ne pas réélire Christoph Blocher et se tourne vers la démocrate du centre, devenue bourgeoise démocrate, Eveline Widmer-Schlumpf.