A l'heure des questions au Conseil national, Matthias Jauslin (PLR/AG) et Thomas Egger (PDC/VS) ont interpellé mardi la conseillère fédérale pour que l'entrée en vigueur de la nouvelle réglementation prescrivant l'usage exclusif de l'anglais soit suspendue. Et ceci, en attendant qu'une motion de la commission compétente, demandant d'autoriser également l'usage d'une langue nationale, soit traitée.
La Suisse parle quatre langues nationales et trois d'entre elles sont utilisées dans l'aviation, a expliqué Simonetta Sommaruga. Ce défi linguistique peut provoquer des incompréhensions et engendrer des risques pour le transport aérien. Les communications radio s'effectueront donc pour l'instant uniquement en anglais lors des vols à vue non commerciaux dans l'espace aérien helvétique.
Dès le 20 juin
La motion, adoptée à l'unanimité par la commission du Conseil national, ne change rien à l'introduction de la nouvelle réglementation le 20 juin par l'Office fédéral de l'aviation civile (OFAC). Si le Parlement adopte la motion, la loi pourra alors être adaptée, a relevé la conseillère fédérale.
En 2017, le Parlement était parti du principe que la règle de l'usage exclusif de l'anglais devait s'appliquer en particulier aux aéroports nationaux, au trafic selon les règles de vol aux instruments et au trafic aérien de ligne international à des fins commerciales.
Pour les autres espaces aériens et aérodromes, il devrait être possible de continuer à communiquer dans une langue nationale, en plus de l'anglais. Mais, selon la commission des transports du Conseil national, la mise en œuvre de cette révision de la loi sur l'aviation ne tient pas suffisamment compte de la volonté politique exprimée alors. L'ordonnance doit à nouveau être révisée, selon elle.
Grogne des pilotes
Selon l'OFAC, la nouvelle réglementation concerne surtout les pilotes de planeurs: 96% des pilotes qui ont effectué une formation pour les vols à moteur disposent déjà d'une licence de radiotéléphonie en anglais, contre 80% chez les pilotes de planeurs et 55% pour ceux de ballons.
Le son de cloche est différent du côté des pilotes. Cités samedi par le Nouvelliste, des passionnés d'aviation de l'aéroport de Sion dénoncent une réglementation qu'ils jugent arbitraire et peu logique. Ils sont soutenus par l'Aéro-Club de Suisse, la fédération faîtière de l'aviation légère, avec ses 23'000 membres.
L'exception genevoise
Les opposants soulignent en particulier le fait que l'aéroport de Genève, le deuxième plus grand du pays, n'est pas concerné par cette mesure, car il se trouve à moitié sur le territoire français.
Des négociations sont toutefois en cours avec la France pour tenter d'imposer le "English Only" aussi à Cointrin, souligne le porte-parole de Skyguide, Vladi Barrosa, interrogé par Keystone-ATS. Selon lui, l'usage de l'anglais "a le potentiel d'améliorer la sécurité aérienne, en particulier près des grands aéroports de Genève et Zurich".
Au Tessin, en revanche, on pourra encore parler italien, puisque les aéroports de Lugano et de Locarno sont sous la surveillance des aiguilleurs du ciel italiens.