(ats) Interdire la burqa dans l'espace public va trop loin. A l'instar du Conseil des Etats, le National devrait recommander mercredi le rejet de l'initiative de la droite dure. Les Chambres fédérales se sont déjà accordées sur un contre-projet indirect.

L'initiative populaire du comité d'Egerkingen veut interdire la dissimulation du visage dans l'espace public. Le texte vise les femmes portant la burqa ou le niqab et veut protéger leurs droits au libre-arbitre. Le comité invoque aussi la sécurité publique, ciblant les bandes de casseurs aux cortèges du 1er mai. Seule l'UDC et une partie du centre devraient soutenir ce texte.

"Ce texte n'a pas d'effet de protection", a rappelé Damien Cottier (PLR/NE) au nom de la commission. Les maris qui contraignent leur femme à porter un voile sont déjà punis par la loi. L'initiative pourrait pousser ces hommes à interdire à leur épouse de sortir de la maison. De plus, l'émancipation réelle ne peut pas être ordonnée par l'Etat.

Individualité

Pour Barbara Steinemann (UDC/ZH), le port du voile intégral vole toute individualité à la femme. "C'est un mépris de l'être humain." Un homme qui envoie leur femme à la Migros entièrement voilée renie tous les droits de notre civilisation.

Le port de la burqa ou du niqab est un signe d'oppression des femmes, a poursuivi Marianne Binder-Keller (PDC/AG). Porter ces habits est le contraire de l'autodétermination.

La dignité de la femme est en jeu, a lancé Jean-Luc Addor (UDC/VS). Ceux et celles qui s'engagent pour l'égalité de la femme doivent rester cohérent avec les principes énoncés dimanche lors de la commémoration de la grève des femmes du 14 juin 2019.

L'udc veut devenir le parti de l'égalité des femmes. Mais, où était le parti lorsqu'il fallait défendre le droit de vote des femmes ou le droit au congé maternité, a répliqué Samira Marti (PS/BL). Et Irène Kälin (Verts/AG) d'arguer que ceux qui veulent s'engager pour l'égalité des femmes doivent s'opposer à la violence domestique ou pour des salaires minimaux décents.

Pas de liberté

"L'initiative ne libèrera personne", a rétorqué Ada Marra (PS/VD). Les musulmanes suisses ne portent pas de voile intégral. Aucune femme de ce pays pâtira d'un non à ce texte. Aucune femme n'aura plus de droits.

L'initiative est islamophobe et populiste. Elle amène sur le devant de la scène un problème qui n'existe pas. La femme à burqa est rare en Suisse, a argué Mme Marra. Elle n'est pas le prototype de la femme musulmane en Suisse.

Le Tessin, qui interdit la burqa, n'a prononcé aucune contravention pour le port du voile en deux ans. "Combien de femmes seront concernées?", a interrogé Greta Gysin (Verts/TI). Cette initiative n'est pas proportionnée. "Elle n'améliore en rien la situation des femmes", a abondé Michel Matter (PVL/GE).

Compétence cantonale

L'initiative est aussi une ingérence dans la compétence cantonale, a souligné Kurt Fluri (PLR/SO). Ces derniers sont responsables de la sécurité.

Par ailleurs, a rappelé M. Cottier, il n'y aura pas de législation commune pour toute la Suisse, contrairement à ce que prétendent les initiants. Aucune nouvelle compétence n'est attribuée au niveau fédéral. Chaque canton sera libre d'adopter une législation de mise en oeuvre.

Il faut une loi pragmatique qui permette à chaque canton de réagir selon sa sensibilité, a avancé M. Matter. Deux cantons, le Tessin et St-Gall, interdisent déjà la burqa. Zurich, Soleure, Schwyz, Bâle-Ville et Glaris ont refusé une telle interdiction.

Egalité homme-femme

Le contre-projet vise à ce qu'une personne soit tenue de montrer son visage à des fins d'identification. Si la personne concernée refuse de s'y soumettre, elle sera punie d'une amende allant jusqu'à 10'000 francs.

Le texte inclut des dispositions en faveur de l’égalité entre les sexes. La loi sur les étrangers et l’intégration devrait inclure des contributions fédérales pour financer des programmes d’intégration cantonaux, en particulier pour les femmes, les enfants et les jeunes étrangers.

Le débat se poursuit.