Le premier texte demandait que les réfugiés originaires d'une région où des courants radicaux et terroristes sévissent fortement ou dont l'identité n'est pas attestée ne puissent plus bénéficier de l'asile en Suisse. La deuxième motion demandait que ces mêmes personnes soient placées dans des centres fermés ou surveillés en permanence. Elles devraient y rester le temps d'établir qu'ils ne représentent aucune menace.
Il est prévu qu'un maximum de 1600 réfugiés particulièrement vulnérables puissent être admis en Suisse en 2020 et 2021. Or, 80% de ce contingent concerne des groupes de personnes en provenance de régions en crise au Moyen-Orient, a indiqué Michaël Buffat (UDC/VD). "Il faut à tout prix éviter que des personnes radicalisées n'empruntent cette voie pour rejoindre la Suisse."
Amalgame entre asile et terrorisme
Selon la majorité des députés, exclure par principe des personnes qui ont justement fui le radicalisme qui sévit dans leur région irait à l'encontre des principes humanitaires sur lesquels les programmes de réinstallation reposent. "Ce système à la louche excluant à grand nombre n'est pas sérieux", a déclaré Damien Cottier (PLR/NE).
Il s'agit d'un amalgame entre asile et terrorisme, consternant d'ignorance, a de son côté dénoncé Ada Marra (PS/VD). La plupart des attentats en Suisse ont été perpétrés par des personnes de chez nous et ne proviennent pas du chemin de l'asile. De plus, le nombre de personnes effectivement accueillies en Suisse à travers les programmes spéciaux est très faible. Depuis 2013, 6342 personnes ont été admises.
Par ailleurs, il existe déjà de nombreuses mesures dans la procédure actuelle afin de garantir la sécurité de la Suisse, a ajouté la ministre de la justice Karin Keller-Sutter. Les personnes dont l'identité ne peut être établie ou qui représentent un risque pour le pays ne peuvent d'ores et déjà pas être admises en Suisse.
Pas d'emprisonnement
Il n'est pas non plus nécessaire d'enfermer les personnes visées par les textes, selon la conseillère fédérale. Appliquer les mesures demandées par l'UDC reviendrait à enfermer pratiquement tous les demandeurs d'asile puisque la plupart d'entre eux arrivent de régions où des groupes radicaux sévissent. Or, la majorité d'entre eux n'ont aucun lien avec ces groupes.
"Il s'agit d'humains et pas d'animaux", a encore insisté Ada Marra, soutenue par plusieurs politiciens, qui ont souligné l'importance de l'accueil humanitaire dans l'identité suisse. "Nous parlons ici de réfugiés extrêmement vulnérables", a déclaré Marco Romano (Centre/TI). Les mesures voulues par l'UDC sont par ailleurs contraires au droit national et international.
La menace terroriste est une réalité, mais il s'agit d'un autre débat, a encore ajouté Mme Keller-Sutter. Le 13 juin, la population devra justement voter sur un projet de loi visant à combler une lacune dans le domaine.
Le Conseil des Etats se penchera également sur le sujet mercredi lors d'une session extraordinaire.