Les sanctions du Conseil fédéral, ou plutôt leur absence, ont fait couler beaucoup d'encre. Depuis le début de la guerre en Ukraine, les Etats occidentaux ont rapidement pris des mesures sévères à l'encontre de la Russie. La Suisse a suivi plus lentement, sans systématiquement s'aligner. Berne a alors été vertement critiquée.
Neutralité en question
Le problème réside, selon le gouvernement, dans la loi sur les embargos en vigueur depuis 2003. Actuellement, la Suisse ne peut que reprendre des mesures décrétées par l'Organisation des Nations Unies (ONU), l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) ou encore ses principaux partenaires économiques.
Une révision de la loi sur les embargos veut changer la donne. Elle doit permettre au Conseil fédéral de prendre lui-même des sanctions. Pour l'UDC, c'est une violation de la neutralité suisse. "Les sanctions sont des armes de guerre", a critiqué Yves Nidegger (UDC/GE). "Elles font de la Suisse une partie au conflit. Elles l'entrainent dans la guerre", a complété Roger Köppel (UDC/ZH).
"La neutralité signifie que toutes les parties au conflit, et non pas la seule Ukraine, considèrent la Suisse neutre. Or la Russie a inscrit la Suisse sur la liste de pays hostiles", a continué le Zurichois. Et de s'inquiéter d'une escalade: après les sanctions, des munitions et des armes pourraient être livrées. Puis des experts se rendre sur place pour former les soldats ukrainiens.
Meilleure cohérence de la politique
Une vision qu'aucun autre parti n'a partagée. "La révision proposée respecte la neutralité de la Suisse et renforce sa cohérence politique en matière de sanctions", a relevé Laurent Wehrli (PLR/VD) pour la commission.
Berne doit pouvoir prendre rapidement des sanctions de manière autonome, ont jugé plusieurs orateurs de gauche comme de droite. Sa souveraineté en sera renforcée, a pointé Tiana Angelina Moser (PVL/ZH). La Suisse doit sortir de sa position de spectateur, a ajouté Elisabeth Schneider-Schneiter (Centre/BL). Le monde a évolué. La notion de neutralité également.
Les débats se poursuivent.