L'obligation de produire de l'énergie solaire pour tous les nouveaux bâtiments, voulue par le Conseil des Etats, a été âprement débattue. La gauche et quelques élus bourgeois ont plaidé pour cette option. Le solaire recèle un potentiel énorme, a souligné Bastien Girod (Vert-e-s/ZH). Or il est trop peu utilisé.
A l'autre bout de l'échiquier, l'UDC a tenté de biffer l'obligation, puis de la transformer en simple incitation. "Une obligation est une atteinte à la garantie de la propriété et la liberté économique", a critiqué Thomas Aeschi (UDC/ZG). "Les coûts seraient en outre massifs pour les propriétaires", a ajouté Michael Graber (UDC/VS).
Seulement les grands bâtiments
Optant pour une voie médiane, les députés ont suivi leur commission. Les nouvelles constructions d'une surface supérieure à 300 m2 devront se munir de panneaux photovoltaïques ou d'une installation solaire thermique. Les cantons pourront se montrer plus stricts.
La gauche a encore essayé d'abaisser la limite aux bâtiments s'étendant sur 100 m2. "Avec une limite à 300 m2, l'obligation tomberait pour plus de la moitié des bâtiments", a relevé Kurt Egger (Vert-e-s/TG). Seules les méga villas ou les maisons familiales, rassemblant plusieurs appartements, seraient encore concernées. L'UDC a tenté elle d'exiger qu'au moins 45% de la production soit réalisée en hiver. Les deux propositions ont été balayées.
La Confédération devra montrer l'exemple. Au grand d'une partie de la droite, toutes ses surfaces s'y prêtant devront être équipées pour produire de l'énergie solaire d'ici à 2030.
Parcs solaires en altitude facilités
Les grands parcs solaires alpins, produisant au moins 10 GWh dont au moins 500 kWh pour 1 kWh de puissance installée en hiver, pourront obtenir une aide fédérale. De telles installations, considérées d'intérêt national, pourront aussi être plus facilement mises sur pied. Les exigences environnementales ont été abaissées.
Les parcs ne pourront toutefois pas être installés dans les marais, les biotopes nationaux et les réserves sauvagines et d'oiseaux migrateurs. Ils devront être démantelés à la fin de leur utilisation, et le paysage reconstitué. Le National a ajusté la version sénatoriale afin qu'elle soit conforme à la Constitution.
La gauche, rejointe par quelques députés bourgeois, a tenté de réduire encore l'impact sur l'environnement, en exigeant une construction des parcs solaires à proximité des infrastructures existantes. Ils auraient également aimé que l'intérêt de ceux-ci ne prime pas sur les autres intérêts nationaux, régionaux et locaux.
Pour certains élus UDC, la rétribution unique devrait s'élever au maximum à 30% des coûts d'investissement - et non 60% comme souhaité par la commission - et le montant total ne devrait pas dépasser 2 milliards de francs. Aucune de ces propositions n'a passé la rampe.
Réhausser le barrage du Grimsel
Le National a encore décidé d'accorder la priorité au rehaussement du barrage du Grimsel (BE). L'installation est actuellement en train d'être rénovée, a rappelé Roger Nordmann (PS/VD) pour la commission. La procédure pour l'agrandissement s'éternise quant à elle. Démanteler les échafaudages pour les remonter quelques années plus tard ne ferait pas de sens.
Au final, les députés ont adopté, par 149 voix contre 17 et 26 abstentions, le nouveau wagon en faveur de l'énergie solaire. Une partie de la droite s'y est opposée. Aucune consultation ni évaluation des coûts n'a été menée, a souligné en vain Thomas Aeschi. Les mesures, qui devraient être déclarées urgentes, seront limitées jusqu'au 31 décembre 2025.
Chauffages à remplacer
Les députés ont déjà éliminé les divergences sur le reste du contre-projet à l'initiative pour les glaciers. La neutralité carbone devra être atteinte d'ici 2050. Des objectifs intermédiaires et des valeurs indicatives pour les différents secteurs sont également fixés. Un soutien particulier sera octroyé aux régions de montagne et périphériques.
Des programmes d'encouragement sont prévus pour atteindre ces buts. Deux milliards de francs ont été débloqués pour le remplacement des chauffages polluants et l'assainissement énergétique des bâtiments. Et l'encouragement à l'innovation dans les entreprises sera promu grâce à une enveloppe de 1,2 milliard.
Les initiants ont déjà fait savoir à plusieurs reprises qu'ils étaient prêts à retirer leur texte - jugé trop extrême par le Parlement - si une alternative robuste lui était proposée. L'UDC a quant à elle annoncé vouloir lancer le référendum contre le contre-projet. Le peuple pourrait donc quand même avoir à trancher.