La voie semblait dégagée pour Eva Herzog. Bâloise, elle aurait dû récupérer le siège alémanique laissé vacant par Simonetta Sommaruga. La sénatrice se positionne par ailleurs à l'aile progressiste du parti socialiste. Elle a notamment défendu avec vigueur la troisième réforme de l'imposition des entreprises, combattue par les siens. La majorité bourgeoise du Parlement aurait dû être séduite.
Joviale et accessible
C'était sans compter le profil atypique de sa concurrente. Elisabeth Baume-Schneider parle certes français, mais elle maîtrise aussi parfaitement le suisse-allemand. Elle est fille d'agriculteurs et habite aux Breuleux, un village de quelque 1500 habitants. Or le Jura, dernier arrivé, n'a jamais eu de conseiller fédéral.
Le canton fait partie des régions dites périphériques. Et il a été touché de plein fouet par la crise horlogère. Des éléments qui ont pu jouer en sa faveur auprès des paysans et des ruraux. A l'inverse, Bâle-Ville est un canton riche et urbain. Une petite rivalité ville-campagne s'est dessinée ces dernières semaines.
La socialiste de 58 ans apparaît aussi comme plus joviale, accessible et authentique que sa concurrente. Elle égare les feuilles de ses discours, ou les phrases préparées spécifiquement pour les Italophones, sans s'en cacher. Et elle saute de joie lorsqu'elle apprend son élection.
Devant le Parlement, la délégation jurassienne n'a pas non plus caché son émotion. Elle a accueilli le résultat avec force cris, tout en entonnant la rauracienne. Une telle présence est le signe, pour Elisabeth Baume-Schneider, que le Jura n'est plus dans la résistance. Il aime être pris au sérieux. "Nous sommes là pour travailler pour et avec la Suisse."
Election de justesse
L'outsider n'a toutefois passé la rampe que de justesse. Elle a tout juste recueilli la majorité absolue de 123 voix, et seulement au troisième tour. Eva Herzog obtient 116 bulletins. Elle échoue donc une deuxième fois à entrer au Conseil fédéral, douze ans après sa première tentative.
D'aucuns pourraient aussi avoir élu la Jurassienne, avec en arrière-pensée des calculs politiques. Quatre Latins au Conseil fédéral, c'est acceptable. Mais seulement pour une courte période. Le PLR l'a dit et répété, faisant pression en particulier sur le Fribourgeois Alain Berset pour qu'il raccroche rapidement.
Un Alémanique sera élu au prochain départ latin. Si Guy Parmelin s'en va en premier, Céline Amaudruz verrait ses chances se réduire comme peau de chagrin. Pierre-Yves Maillard aurait lui toutes les peines du monde à remplacer Alain Berset. Un Alémanique lui serait privilégié. Et pourquoi pas Daniel Jositsch?
Le Zurichois s'est annoncé candidat pour succéder à Simonetta Sommaruga contre la volonté de son parti de présenter un ticket exclusivement féminin, avant de se rétracter. La droite du Parlement n'a toutefois pas manqué de manifester son mécontentement face à l'exclusion des candidatures masculines, en lui attribuant des voix. Daniel Jositsch a obtenu 58 voix au premier tour, puis 28 et 6.
Pont entre les communautés
Animée d'une fibre militante, Elisabeth Baume-Schneider s'est jusqu'à présent engagée pour une société plus juste et fait de la défense des personnes les plus vulnérables sa priorité. Ces motivations l'accompagneront au Conseil fédéral. Elle veut être un pont entre les villes et les campagnes, la population et les autorités, mais aussi entre les générations et entre les communautés.
La Jurassienne se réjouit d'assumer ses nouvelles responsabilités et de travailler "avec passion et sans relâche" à la prospérité du pays. Elle n'entend toutefois pas s'éterniser. L'âge de la retraite semble un bon moment pour se retirer, à moins qu'un dossier important la maintienne encore une ou deux années au Conseil fédéral. "Je ne suis pas là pour me faire trop de mal quand même."