(ats) Le National s'est montré jeudi sourd à la cause des réfugiés afghans. Il a balayé quatre motions de la gauche visant à assouplir l'accueil de personnes fuyant le régime des talibans, y compris des femmes. Il a également refusé sur le fil une motion centriste sur le même thème.

La motion de Delphine Klopfenstein Broggini (Vert-e-s/GE) visait à créer des contingents de réinstallation supplémentaires pour accueillir davantage de personnes réfugiées d'Afghanistan, en particulier des femmes. Plusieurs villes sont prêtes à accueillir des réfugiés, a rappelé l'autrice du texte.

Isabelle Pasquier-Eichenberger (Vert-e-s/GE) voulait elle que les Afghans dont la demande d'asile a été rejetée ou au bénéfice d'une admission provisoire puissent déposer une nouvelle demande ou un réexamen au vu de la situation dans leur pays.

La motion de Nicolas Walder (Vert-e-s/GE) demandait d'étendre les conditions d'octroi d'un visa humanitaire aux militants des droits humains. Selon lui, il n'est pas question d'accepter tout le monde mais de revoir la pratique.

Le texte de Balthasar Glättli (Vert-e-s/ZH) voulait faciliter les visas pour les familles d'Afghans présents en Suisse. Enfin, celui de Vincent Maitre (Centre/GE) concernait des visas de visiteur pour les ressortissants afghans ayant un lien familial avec des personnes naturalisées ou ayant un permis de séjour ou d'établissement en Suisse.

Il s'agit de mettre en sécurité des réfugiés afghans qui peuvent ensuite déposer des demandes pour des titres de séjour plus longs, a dit M. Maitre. La ministre de la justice Elisabeth Baume-Schneider a pointé que ce ne serait pas véritablement un visa de visiteur si l'idée est que la personne puisse rester sur le long terme via le regroupement familial.

Droits bafoués

Tous les motionnaires ont déploré la situation humanitaire, politique et sociale sur place. Le retour des talibans a bousculé 20 ans de démocratisation et d'émancipation des femmes, a souligné Mme Klopfenstein Broggini.

Mme Pasquier-Eichenberger a fustigé le fait que les droits des femmes et des jeunes filles soient systématiquement bafoués. Et de citer notamment le fait que les femmes ne peuvent désormais plus travailler pour des organisations internationales comme l'ONU, ce qui entrave le travail de l'institution et contrevient à ses principes.

M. Walder a aussi pointé les droits humains des communautés culturelles, de la communauté LGBTQIA+ ou des journalistes "foulés aux pieds".

Accueil temporairement suspendu

Le Conseil fédéral était opposé à toutes les motions. La Suisse privilégie l'aide humanitaire sur place. La ministre a aussi rappelé que le programme d'accueil de réfugiés afghans est temporairement suspendu depuis le mois dernier sur demande des cantons, qui font face à une "forte pression" en raison de la guerre en Ukraine.

Il reprendra "quand cela sera possible", en concertation avec les cantons. Mme Baume-Schneider a encore précisé qu'une nouvelle proposition de programme était à l'étude et serait présenté "avant l'été".

Elle a aussi rappelé que l'aide helvétique "se chiffre en millions". Concernant les visas humanitaires, elle a dit qu'ils étaient élaborés pour des situations individuelles et non pour des situations globales de fuite.

Seule la gauche a soutenu les quatre textes. Le PVL s'est rallié à elle pour la motion de Mme Klopfenstein Broggini. Le texte de Vincent Maitre a failli passer la rampe: il a été refusé par 92 voix contre 90 et 5 abstentions, qui venaient essentiellement du Centre.