(ats) Volodymyr Zelensky a remercié jeudi le peuple suisse de "ne pas rester indifférent aux souffrances" des Ukrainiens. Dans son discours devant les Chambres fédérales, il a invité la Suisse à organiser un sommet mondial pour la paix et défendu l'exportation d'armes.

"Je vous en prie, nous demandons qu'on nous livre des armes pour que le sol ukrainien redevienne une terre de paix", a déclaré le président ukrainien, tout en affirmant être conscient que le débat sur la réexportation d'armes perdure en Suisse. Et d'expliquer à plusieurs reprises durant son discours d'une dizaine de minutes que "la source de l'agression se trouve en dehors de nos frontières".

M. Zelensky a remercié la Confédération d'avoir repris les sanctions européennes à l'encontre du pouvoir russe. Il s'est dit reconnaissant pour tout paquet de sanctions, toute fortune gelée, "toute mesure qui peut réduire le potentiel terroriste" de la Russie et toute livraison d'armes.

Besoin de cohésion

"Nous avons besoin de cohésion, avec tous ceux qui partagent nos valeurs fondamentales, à savoir la vie, l'Etat de droit, la liberté et le respect de toutes les communautés et toutes les personnes", a-t-il encore déclaré. Il s'agit de "défendre cette agression ensemble".

Et de citer des partenariats internationaux pour la sécurité alimentaire, pour le déminage ou pour rapatrier "des milliers d'enfants déportés en Russie". Le chef de l'Etat ukrainien a encore appelé à "rétablir l'équité et la justice" en instituant un tribunal "pour juger les criminels de cette guerre".

"Signe de solidarité"

Avant son allocution, le président du National Martin Candinas (Centre/GR) a indiqué que le Parlement suisse adresse "un signe de solidarité avec le peuple ukrainien", en retransmettant un discours de Volodymyr Zelensky devant l'Assemblée fédérale.

La neutralité est sans aucun doute un principe important de la politique suisse, mais elle ne signifie pas fermer les yeux devant l'injustice, a déclaré le Grison. Dans ce conflit, il ne faut pas "hésiter à désigner clairement l'agresseur et la victime", a-t-il ajouté.

Même un Etat neutre a le droit - "et même le devoir" - de s'engager pour des valeurs fondamentales telles que la démocratie, l'Etat de droit et les droits humains, a abondé la présidente du Conseil des Etats Brigitte Häberli-Koller (Centre/TG) après l'allocution de M. Zelensky.

La Suisse se range du côté du droit international. "Notre soutien à l'indépendance, à la souveraineté et à l'intégrité territoriale de l'Ukraine dans le cadre de ses frontières internationalement reconnues ne doit faire aucun doute", a insisté Mme Häberli-Koller.

Elle a assuré que la Suisse poursuivra sur la durée son engagement en faveur de l'Ukraine, après avoir accueilli, il y a une année, en juillet 2022, la conférence de Lugano pour la reconstruction de l'Ukraine. La Thurgovienne a terminé son intervention en souhaitant au président ukrainien et à son peuple "beaucoup de courage et de force, et surtout une paix juste et durable".

UDC quasi-absente

M. Zelensky était vêtu d'un t-shirt noir avec l'inscription "Ukraine" en lettres majuscules blanches. Jamais un tel silence n'a régné dans la salle du Conseil national, selon un journaliste de Keystone-ATS sur place.

A la fin du discours du président ukrainien, les parlementaires présents lui ont réservé une "standing ovation", accompagnée d'applaudissements nourris. Seuls deux élus UDC étaient présents, mais pas assis à leur place: l'ancien président du Conseil national Andreas Aebi (BE) et le sénateur Hannes Germann (SH).

Auparavant, l'UDC avait critiqué la décision de retransmettre le discours dans l'enceinte du Parlement et annoncé qu'elle boycotterait le discours. Elle dénonce une mesure qui fragilise la politique et la neutralité suisses. A ses yeux, ce sont le président de la Confédération Alain Berset ou le ministre des affaires étrangères Ignazio Cassis qui devrait écouter M. Zelensky, pas le Parlement.

M. Candinas a toutefois rappelé la déclaration adoptée par les deux Chambres quelques jours à peine après le début de la guerre, le 24 février 2022. Bouleversés par les souffrances causées par l'agression russe contre l'Ukraine, les conseils avaient alors fermement condamné les actions de la Russie.