La Russie est l'agresseur, l'Ukraine est la victime. La Russie remet en cause le droit international, pas l'Ukraine. Il ne faut pas confondre, a déclaré mercredi M. Stefantchouk lors d'une conférence de presse au Parlement fédéral, selon les propos de son interprète. Il était interrogé sur l'absence programmée de la Russie lors du sommet du Bürgenstock.
L'Ukraine a essayé à plusieurs reprises dans son histoire de négocier directement avec la Russie. Cela s'est soldé à chaque fois par des destructions ou la perte de son Etat, a rappelé M. Stefantchouk.
Ces trois dernières années, l'Ukraine a perdu de nombreuses régions et vécu une occupation. "Nous devons maintenant avoir des négociations de paix sous un autre format." La Russie pourra être impliquée dans un processus de paix quand tous les Etats auront une position ferme sur ce point, a poursuivi le président de la Rada ukrainienne.
Un cessez-le-feu ne ferait par ailleurs que retarder la paix, a-t-il ajouté, au détriment des prochaines générations. L'Ukraine n'a pas besoin d'une paix qui la verrait perdre son intégrité territoriale, sa souveraineté. "Une guerre froide est une guerre."
Rôle de la Suisse
Et de remercier la Suisse pour son rôle actif dans ces moments difficiles. "La Suisse est un partenaire spécial pour l'Ukraine."
Interrogé sur ses attentes par rapport à la conférence du Bürgenstock, l'Ukrainien a dit que c'était l'occasion pour de nombreux pays d'agir et pas seulement de parler. "Nous espérons qu'une centaine d'Etats ou plus se mettent du côté de l'Ukraine et disent oui à une paix durable."
Statut S en question
Hasard du calendrier, sa venue coïncidait avec le traitement de deux motions sur le statut S protégeant les Ukrainiennes et Ukrainiens le matin même au Conseil des Etats. La Chambre a ainsi avalisé un durcissement des règles de ce statut de protection, pour l'instant garanti jusqu'en mars 2025.
"Ces adaptations peuvent advenir dans de nombreux pays après deux ans de guerre, c'est la réalité, et nous en prenons note", a réagi le président du Parlement ukrainien. De nombreux Ukrainiens veulent de toute façon rentrer dans leur patrie.
Mais il faut s'assurer que les personnes qui en ont besoin, les femmes, les enfants ou celles qui ont tout perdu au pays, puissent toujours avoir accès à un statut de protection.
Empoignade
M. Stefantchouk, qui était venu en Suisse en 2022 lors de la conférence de Lugano sur la reconstruction de l'Ukraine, était cette fois invité par le président du Conseil national, Eric Nussbaumer (PS/BL). Ce dernier a loué la qualité de leur échange, à quelques jours de la conférence du Bürgenstock.
En matinée, M. Stefantchouk était présent en tribune lors des débats au Conseil national et au Conseil des Etats, dans un Parlement fédéral quadrillé de policiers.
Un esclandre a d'ailleurs eu lieu. Le chef du groupe parlementaire de l'UDC Thomas Aeschi a été énergiquement repoussé par deux agents armés de la police fédérale en marge de la visite. L'élu n'avait pas voulu respecter un cordon de sécurité.
"M. Stefantchouk est mon hôte dans ce bâtiment. Nous avons élaboré un concept de sécurité. Il y a des règles à suivre", s'est contenté de dire Eric Nussbaumer à ce sujet.
Le président du Parlement ukrainien n'a pas été invité à s'exprimer officiellement devant les Chambres. Il y a eu un vote à ce sujet au sein du bureau du Conseil, a dévoilé M. Nussbaumer. La majorité s'est prononcée contre une déclaration publique, c'est son choix dans un processus démocratique normal.
Lors du discours du président ukrainien Volodymyr Zelensky au Parlement en visioconférence il y a une année, le groupe UDC avait quitté la salle.
Médaillé
Mardi, Rouslan Stepantchouk a été reçu à la Fondation Jean Monnet pour l'Europe de Lausanne, où il a été décoré "pour l'exercice de ses prérogatives constitutionnelles durant la loi martiale, pour son engagement à soutenir l'intégrité territoriale et la souveraineté de la nation ukrainienne, pour sa détermination à conduire l'Ukraine au sein de l'Union européenne et pour sa disponibilité à rechercher le consensus à travers le dialogue et le respect mutuel", écrit la fondation dans un communiqué.