(ats) La Suisse doit renforcer son soutien à la reconstruction de l'Ukraine. Le Conseil des Etats a accepté mardi un crédit d'engagement de 96,11 millions de francs demandé par le Conseil fédéral pour la participation à l'augmentation du capital de la BERD.

Cette participation à la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) est principalement destinée à renforcer le soutien à l'Ukraine, a expliqué le ministre de l'économie Guy Parmelin. Alors que 91,97 millions d'euros seront effectivement versés, le reste constituera les réserves pour les fluctuations du taux de change.

Le Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco) financera 60 millions, tandis que la Direction du développement et de la coopération (DDC) versera 20 millions, a précisé Franziska Roth (PS/SO) pour la commission. Le reste du financement sera décidé ultérieurement, d'ici 2028.

Crédibilité suisse

La Berd est le principal investisseur institutionnel en Ukraine et donc un partenaire essentiel, a continué la Soleuroise. Alors que les pays membres de la banque ont décidé d'augmenter son capital de 4 milliards d'euros en décembre dernier, il est dans l'intérêt de la Suisse d'y participer. Cela renforce sa crédibilité et son rôle au sein de la banque, selon M. Parmelin.

Pour le Conseil fédéral, la capitalisation renforce l'action suisse en faveur de l'Ukraine et appuie ses objectifs en matière de politique de développement, de politique économique et de politique extérieure. La coopération avec la banque présente aussi des opportunités pour les secteurs privé et financier helvétiques, qui pourront s'engager dans des projets financés par la banque.

Vu le modèle d'affaires de la BERD, chaque euro de capital additionnel génèrera approximativement six euros de prêts, a ajouté Mme Roth. Ainsi, l'Ukraine bénéficiera de la capitalisation à hauteur de quelque 24 milliards d'euros au total jusqu’en 2032. La socialiste et le conseiller fédéral ont été suivis par 36 voix contre 2.

Afrique subsaharienne et Irak

Le gouvernement proposait en outre d'adapter l'Accord portant création de la BERD afin de permettre à la banque d'étendre, de façon limitée et progressive, ses activités à l'Afrique subsaharienne et à l'Irak. La BERD a été fondée en 1991 pour soutenir le développement de l'économie de marché en Europe centrale et orientale.

Cet élargissement, qui n'aura pas d'impact sur le capital, a une pertinence géopolitique et économique, a estimé le ministre. Il permet à la banque de poursuivre trois objectifs, a complété Franziska Roth. Et de citer la lutte contre l'influence croissante de la Chine et de la Russie en Afrique, la lutte contre la pauvreté pour éviter des migrations et un renforcement des relations avec les pays africains.

Beat Rieder (Centre/VS) était opposé à cet élargissement, rappelant que la Suisse s'engage déjà dans la Banque africaine de développement. Il a aussi critiqué les intérêts de la BERD dans ces régions, se demandant s'il n'était pas question d'étendre l'influence de l'Europe en Afrique et d'accéder au gaz et au pétrole en Irak.

M. Parmelin a dit comprendre ces préoccupations et qu'il est nécessaire d'avoir une vue d'ensemble de l'engagement des différentes banques internationales, mais que les reproches avancés dans ce cas n'avaient "aucune base solide". De plus, il s'agit d'une question de stabilité en Irak. L'élargissement n'est qu'un complément, la BERD étant déjà active au Liban, en Jordanie et en Turquie.

Au grand dam d'une partie du Centre, du PLR et de l'UDC, le ministre a été entendu par 21 voix contre 19 et 1 abstention. Le National doit encore se prononcer sur les deux volets du projet.