Tous les sénateurs ont déploré la situation actuelle de la presse, les annonces de coupes s'étant multipliées ces derniers mois. Le soutien financier de la presse écrite est nécessaire pour donner à cette dernière le temps requis pour passer au numérique, a rappelé Marianne Maret (C/VS) au nom de la commission.
Cette mesure doit permettre de garantir le rôle démocratique de la presse écrite. "La démocratie ne peut fonctionner que si la population peut compter sur des informations complètes et objectives", a souligné Charles Juillard (C/JU).
"La disparition des titres régionaux est mauvaise pour la démocratie", a ajouté Josef Dittli (PLR/UR). Des études montrent que là où les médias manquent, la désinformation et les fake news augmentent.
Baptiste Hurni (PS/NE) a rappelé que la presse écrite "est un trait d'union entre le monde politique et la population. Et un rempart contre la propagande." Et de lancer: "Je ne veux pas que ma fille n’ait que les tweets d’un milliardaire détraqué pour s'informer."
L'udc s'est opposée à l’augmentation proposée de l’aide indirecte à la presse. "Nous n'avons pas cet argent", a argué Jakob Stark (UDC/TG) en rappelant la situation financière tendue de la Confédération.
Médias locaux ciblés
Le projet, issu d'une initiative parlementaire de Christine Bulliard-Marbach (Centre/FR), cible les petits médias locaux. Il comprend une aide supplémentaire de 45 millions de francs aux 50 millions versés chaque année par la Confédération pour l'aide indirecte à la presse.
Le Conseil national veut augmenter la contribution annuelle allouée à la presse régionale de 30 millions actuellement à 45 millions. Et 30 millions doivent être débloqués pour la distribution matinale de journaux locaux et régionaux en abonnement. Les députés ont toutefois supprimé l'aide de 20 milllions pour la presse associative, déjà inscrite dans la loi.
Presse associative préservée
Le Conseil des Etats a revu la copie du National. Le montant de l'aide supplémentaire est réduit à 35 millions.
Par 27 voix contre 15, les sénateurs veulent allouer 40 millions par an à la presse régionale et locale. Cela représente 10 millions de plus qu'actuellement, mais 5 millions de moins que ce que propose le Conseil national.
Contrairement au National, les sénateurs ont maintenu l'aide à la presse associative. Par 29 voix contre 16, ils ont même maintenu l'aide à 20 millions comme actuellement. L'UDC a été soutenue par la gauche et quelques centristes. La presse associative est aussi importante que la presse quotidienne pour se forger une opinion, ont rappelé Baptiste Hurni et Esther Friedli (UDC/SG).
Distribution matinale
Les contributions annuelles pour la distribution matinale, nouvellement proposées dans le cadre du projet, devraient être réduites de 5 millions pour un total de 25 millions de francs. La décision est tombée par 31 voix contre 14.
L'udc et le Conseil fédéral auraient souhaité biffer cette aide. Mme Friedli a rappelé qu'il s'agit d'un des points les plus critiqués du paquet d'aide refusé en 2020.
Cette aide bénéficierait avant tout aux grands groupes, a critiqué la St-Galloise. Andrea Gmür Schnönenberger (C/LU) lui a rappelé que cette aide est réservée aux journaux dont le tirage est inférieur à 40'000 exemplaires et donc des journaux régionaux.
Limitée à sept ans
L'aide est, selon le texte, limitée à sept ans et il est attendu des médias qu'ils profitent de ce délai pour investir dans un nouveau modèle d'affaires. La modification de loi évite l'écueil d'un soutien direct de l'Etat aux médias, principale critique qui avait coulé le paquet de mesures en 2022.
Esther Friedli a rappelé que "nous n'avons aucune assurance que le futur des médias soit assuré après ces sept ans". Et de rappeler que le Parlement n'a jamais coupé un financement après la date butoir.
Le Conseil fédéral, qui a annoncé fin septembre vouloir diviser l'aide indirecte aux médias par deux, voyait lui un danger dans le fait d'imposer une date butoir.
Cela crée une pression pour abandonner la presse écrite d'ici sept ans, alors que les éditeurs assurent que ce support restera leur source principale de revenu sur les dix prochaines années.
Le dossier retourne au Conseil national.