Le Conseil fédéral demande 11,27 milliards de francs pour les quatre ans. Les crédits d'engagement concernent le financement de la coopération au développement, de l'aide humanitaire, des mesures de promotion de la paix et de renforcement des droits humains ainsi que de la reconstruction de l'Ukraine.
Dans le cadre de cette stratégie, le Conseil fédéral prévoit 1,5 milliard de francs pour l'Ukraine et la région. Au vu de la situation financière tendue de la Confédération, le gouvernement a renoncé à demander les montants pour l'Ukraine en dehors de la stratégie, a expliqué le ministre des affaires étrangères Ignazio Cassis.
Le reste du budget est principalement engagé dans les quatre régions prioritaires de la précédente stratégie (Afrique du Nord et Moyen-Orient, Afrique subsaharienne, Asie centrale, du Sud et du Sud-Est, et Europe de l'Est).
"ADN de la Suisse"
L'udc ne voulait pas entrer en matière. Invoquant les finances fédérales et estimant que l'armée a besoin de plus de moyens, Monika Rüegger (UDC/OW) a lancé: "Arrêtons d'envoyer de l'argent à l'étranger et faisons-en plus pour notre propre population!" Laurence Fehlmann Rielle (PS/GE) a contré: "Cela ne sert à rien de se réfugier derrière nos frontières."
Mme Rüegger a aussi remis en question les progrès faits grâce aux projets suisses. Au lieu de "verser sans aucune transparence des montants à des dirigeants corrompus", il vaut mieux soutenir le secteur privé, a-t-elle avancé, faisant notamment référence à l'Afrique. Hans-Peter Portmann (PLR/ZH) a au contraire salué "la qualité et la durabilité des projets suisses, qui sont de première classe".
A part l'UDC, tous les partis et le ministre ont soutenu la nécessité d'une telle stratégie: celle-ci est pour la Suisse un "rouage important" de sa politique extérieure, une "carte de visite", et elle fait partie de son "ADN" et de sa "tradition humanitaire". Il est aussi question de la "réputation de la Suisse".
Ignazio Cassis a estimé que la stratégie est d'autant plus importante dans un monde "moins mondialisé, moins occidental, moins démocratique et plus imprévisible".
"Cela sert nos intérêts"
La liberté, la sécurité et la prospérité ne coulent plus de source, a appuyé Corina Gredig (PVL/ZH) pour la commission. Et de citer les bienfaits de la coopération internationale: lutte contre la faim, protection du climat, promotion de la paix ou encore développement économique durable.
Il ne s'agit pas seulement d'aider les plus démunis, mais aussi d'utiliser "un outil diplomatique qui sert nos intérêts", a ajouté Céline Weber (PVL/VD). Son collègue de parti Beat Flach (AG) a estimé qu'il est question de faire de la Suisse un partenaire fiable, notamment économique.
La sécurité helvétique dépend aussi de la stabilité de l'ordre international, selon Nicolas Walder (Vert-e-s/GE). Elisabeth Schneider-Schneiter (C/BL) a pour sa part mentionné qu'une aide sur place permet notamment de lutter contre la migration.
Des coupes?
La suite des débats s'annonce animée. La gauche tentera d'augmenter les moyens, tandis que la droite cherchera à les réduire.
Pius Kaufmann (C/LU) a demandé d'être cohérent alors qu'il est déjà demandé dans le message sur l'armée et dans le budget 2025 de compenser des dépenses supplémentaires pour l'armement dans la coopération internationale. Cela ne sert à rien d'aider à l'étranger sans être capable de se défendre soi-même, selon M. Portmann.
A l'inverse, Marc Jost (PEV/BE) a estimé "honteux" de réduire les montants. "La politique de sécurité et l'aide au développement doivent être considérées comme les deux ailes du même avion humanitaire."
Alors que l'engagement suisse a faibli ces dernières années, il doit à nouveau augmenter, d'après Mme Fehlmann Rielle. La gauche demandera également que les montants destinés à l'Ukraine ne se fassent pas au détriment des pays du Sud. "La pauvreté et les inégalités restent les défis les plus urgents de ce monde", a déclaré Christine Badertscher (Vert-e-s/BE).