Interrogé par Keystone-ATS, le Grison de 65 ans a promis de s'engager pour que la Chambre des cantons reste un pôle de calme dans un climat politique actuellement très chaud. Parmi les thèmes brûlants figurent selon lui les nouveaux accords avec l'UE et les conditions de l'accord douanier avec les Etats-Unis des Donald Trump, deux sujets où les idéologies sont exacerbées.
Sur le conflit douanier, M. Engler reconnaît que la visite de grands patrons suisses dans le Bureau ovale donne "une image bizarre". C'est un peu comme de voir les trois Rois mages attendant avec leurs cadeaux, sauf que ce n'est pas là que se trouve le Sauveur, explique-t-il.
Penser à long terme
Pour ce juriste, le Conseil des Etats a pour mission d'évaluer les évolutions et les attentes de la société sur le long terme, sans se laisser influencer ni par des idéologies ni par l'esprit du temps.
Les lois qui réagissent à une telle rapidité tiennent rarement compte de l'exigence de durabilité, a-t-il mis en garde. Elles présentent souvent des problèmes au niveau de la mise en oeuvre.
Et de citer l'exemple de Solarexpress: dans de nombreux endroits, il y a une grande déception parce qu'on se rend compte que les grandes installations photovoltaïques ne sont pas aussi faciles à mettre en place que ce que l'on attendait. Et cela malgré les millions déjà investis par les entreprises.
L'unité dans la diversité
M. Engler est convaincu que de bonnes lois, qui créent de la sécurité juridique et permettent une planification, sont une source de stabilité et un point d'ancrage pour l'Etat de droit. Pour lui, il est essentiel de ne pas faire de loi quand ce n'est pas nécessaire.
L'objectif d'une politique prévoyante est de poser les conditions pour l'égalité des chances. Elle doit créer une unité au sein de la population dans laquelle les mêmes conditions permettent à chacun de vivre sa vie. Cela implique un service public efficace, notamment pour les services de santé, les connexions internet, les services postaux, des médias indépendants et les transports publics.
Membre de la minorité romanchophone, M. Engler s'engage souvent pour les intérêts des régions de montagne. Lui-même se définit comme "un touche à tout politique". Il prend la liberté de prendre ses décisions de manière non idéologique et indépendante.
La confiance, un bien fragile
Au Conseil des Etats, M. Engler se présente de manière calme et réfléchie. Avant de devenir sénateur, il avait été conseiller d'Etat du canton des Grisons. Il était directeur des travaux publics à une époque où le scandale du cartel de la construction en Basse-Engadine n'avait pas encore éclaté.
L'ancien ministre PDC a certes été blanchi par la commission d'enquête parlementaire et brillamment réélu dès le premier tour au Conseil des Etats en 2023. Mais le traitement du scandale découvert après son départ du gouvernement cantonal ne l'a pas épargné sur le plan émotionnel, dit-il.
Le sénateur assure en avoir tiré des leçons. Notamment que les apparences suffisent parfois à s'exposer à un soupçon généralisé, même s'il n'est pas fondé. Il reconnaît avoir commis une erreur en acceptant un poste au conseil d'administration d'une des entreprises impliquées dans le cartel. Une deuxième leçon est qu'il est conseillé aux ministres de faire preuve d'une "saine méfiance".
"Igl amgresto fo chito"
Dans sa vie privée comme en politique, il assure toujours suivre le précepte romanche "igl amgresto fo chito", qui signifie "prendre soin de ce qu'on emprunte" - y compris en vue du prochain mandat qu'il "empruntera". L'engagement politique signifie aussi porter une responsabilité, ce dont il se dit très conscient et qui constitue un privilège à ses yeux.
Quant aux élections fédérales de 2027, M. Engler ne répond pas encore aux questions sur une éventuelle nouvelle candidature. Il se borne à souligner que sa curiosité pour l'évolution de la société ne l'a pas quitté et qu'il apprécie de pouvoir participer aux débats et aux décisions.
Une tâche qu'il entend mener aussi en romanche l'année prochaine. Même si son emploi de la quatrième langue nationale ne sera pas aussi large qu'au National en 2023 sous la présidence de Martin Candinas. Ce dernier avait ouvert chaque session en romanche et distribué des traductions des principaux termes techniques.
M. Engler, lui, entend le faire de manière plus simple. Il faudra donc s'attendre à l'un ou l'autre proverbe romanche de sa part: "Igl amgresto fo chito".