(ats) La neutralité suisse ne doit pas être définie de manière plus stricte. A part l'UDC, soutenue par quelques élus PLR, tous les partis ont critiqué l'initiative populaire sur la neutralité au National. L'idée d'un contre-projet direct est aussi sur la table.

L'initiative "Sauvegarder la neutralité suisse", déposée par Pro Suisse et des membres de l'UDC, veut qualifier la neutralité helvétique de "perpétuelle et armée". Elle exige aussi que la Suisse n'adhère à aucune alliance militaire ou de défense. La collaboration avec de telles organisations doit être limitée au cas où la Confédération serait attaquée.

Le texte demande également que la Suisse ne participe pas aux guerres étrangères et ne prenne pas de sanctions économiques ou diplomatiques contre un Etat belligérant, sous réserve de ses obligations envers l'ONU. Berne doit faire usage de son statut neutre dans le cadre des bons offices.

"Pas un concept à géométrie variable"

Dans un monde où chacun choisit son camp, la Suisse neutre doit parler à tous, pour pouvoir aider, selon Céline Amaudruz (UDC/GE). "La neutralité est un des piliers du particularisme suisse", a complété Nicolas Kolly (UDC/FR). Or, ces dernières années, elle a été "malmenée et bafouée", devenant un "mot vide de sens et malléable à souhait".

Les orateurs de ce parti se sont succédé à la tribune pour défendre l'initiative. La neutralité ne doit "pas être un concept à géométrie variable", a déclaré Mme Amaudruz.

Jean-Luc Addor (UDC/VS) a critiqué les sanctions que la Suisse a prises contre la Russie, dans "une guerre qui n'est pas la sienne". Selon lui, ces sanctions n'ont eu aucun effet sur le conflit, alors que Berne a perdu "toute crédibilité" aux yeux de Moscou.

Il s'agit de garantir la neutralité dans tous les cas, et non au cas par cas, selon Lukas Reimann (UDC/SG). Et de relever qu'actuellement, la neutralité "n'est pratiquement pas codifiée dans le droit", ce qui rend la Suisse "peu crédible".

Non à l'"isolationnisme politique"

Personne en Suisse et dans le monde ne conteste la neutralité helvétique, ont relevé plusieurs opposants au texte. "Notre neutralité n'est pas en danger", elle est permanente et de fait, a lancé Jean Tschopp (PS/VD).

La neutralité est déjà mentionnée dans la Constitution, a complété Laurent Wehrli (PLR/VD) pour la commission. Il a rejeté une définition rigide qui limiterait inutilement la marge de manoeuvre de la Suisse en matière de politique extérieure, alors que la situation actuelle dans le monde est particulièrement incertaine.

Plusieurs orateurs ont refusé "l'isolationnisme politique" voulu par l'initiative, décrite comme un "carcan". Il a aussi été souligné que la neutralité ne devait pas être une fin en soi, mais un instrument pour servir les intérêts helvétiques, notamment en matière de promotion de la paix.

"Bien sûr que la Suisse ne doit pas prendre parti ni participer à des guerres, mais la neutralité ne doit pas lui enlever sa capacité de juger", a estimé Matthias Jauslin (PVL/AG). Etre neutre ne signifie pas inaction ou indifférence, mais "un engagement sans failles pour les droits humains, le droit international et nos valeurs communes", a ajouté Ruedi Berli (Vert-e-s/GE).

"Il n'y a pas de neutralité possible face aux crimes et aux violations", a abondé Benjamin Roduit (Centre/VS). Plusieurs opposants au texte ont encore relevé que la Suisse a besoin de collaborer avec ses voisins en matière de sécurité, "à l'heure des guerres hybrides".

Encore une cinquantaine d'orateurs

Tout en défendant la poursuite de la pratique actuelle, le Conseil des Etats a validé en juin dernier un contre-projet fixant explicitement dans la Constitution que la Suisse est neutre. Une partie du Centre défend ce contre-projet direct. L'UDC le soutient aussi, mais avec des ajouts.

Le débat se poursuivra jeudi matin. Une cinquantaine d'orateurs doivent encore s'exprimer à la tribune, de même que le ministre des affaires étrangères Ignazio Cassis. Le Conseil fédéral rejette l'initiative et tout contre-projet.