L'initiative "Sauvegarder la neutralité suisse", déposée par Pro Suisse et des membres de l'UDC, veut qualifier la neutralité helvétique de "perpétuelle et armée". Elle exige aussi que la Suisse n'adhère à aucune alliance militaire ou de défense. La collaboration avec de telles organisations doit être limitée au cas où la Confédération serait attaquée.
Le texte demande également que la Suisse ne participe pas aux guerres étrangères et ne prenne pas de sanctions économiques ou diplomatiques contre un Etat belligérant, sous réserve de ses obligations envers l'ONU. Berne doit faire usage de son statut neutre dans le cadre des bons offices.
"Soit on est neutre, soit on ne l'est pas"
Les orateurs de l'UDC se sont succédé à la tribune pour défendre l'initiative. "Voulons-nous une neutralité claire, crédible et durable, ou une qui dépend des majorités politiques du moment?" a lancé Michaël Buffat (UDC/VD). La neutralité ne doit "pas être un concept à géométrie variable", selon Céline Amaudruz (UDC/GE).
Jean-Luc Addor (UDC/VS) a critiqué les sanctions que la Suisse a prises contre la Russie, dans "une guerre qui n'est pas la sienne". Selon lui, ces sanctions n'ont eu aucun effet sur le conflit, alors que Berne a perdu "toute crédibilité" aux yeux de Moscou.
La Suisse doit rester un Etat "indépendant, fiable et capable de dialoguer avec toutes les parties", a abondé Roger Golay (MCG/GE). "Etre neutre, c'est comme être enceinte; soit on l'est, soit on ne l'est pas", a ajouté Andreas Glarner (UDC/AG).
Un instrument, pas un but en soi
Personne en Suisse et dans le monde ne conteste la neutralité helvétique, ont relevé plusieurs opposants au texte. Ils ont aussi souligné que la neutralité devait être un instrument de politique extérieure, et non un but en soi.
"Les Suissesses et les Suisses sont très attachés à la neutralité du pays et ils ont raison de l'être", selon Damien Cottier (PLR/NE). "Mais le fait d'y être attaché ne signifie pas qu'il faut la fixer dans la Constitution."
De nombreux orateurs ont refusé une conception rigide, qui limiterait "inutilement" la marge de manoeuvre de la Suisse alors que l'Europe fait face à des changements géopolitiques. Et de rejeter "l'isolationnisme politique" voulu par l'initiative, décrite comme un "carcan".
Pas d'inaction ou d'indifférence
"Bien sûr que la Suisse ne doit pas prendre parti ni participer à des guerres, mais la neutralité ne doit pas lui enlever sa capacité de juger", a estimé Matthias Jauslin (PVL/AG). Etre neutre ne signifie pas inaction ou indifférence, mais "un engagement sans failles pour les droits humains, le droit international et nos valeurs communes", a ajouté Ruedi Berli (Vert-e-s/GE).
Il n'y a pas de neutralité possible face aux crimes et aux violations", a abondé Benjamin Roduit (Centre/VS). Plusieurs opposants au texte ont encore relevé que la Suisse a besoin de collaborer avec ses voisins en matière de sécurité, "à l'heure des guerres hybrides".
Christian Dandrès (PS/GE) a lui dénoncé une initiative dont le but est de continuer à faire commerce avec tout le monde malgré les sanctions.
Non à un contre-projet direct
Tout en défendant la poursuite de la pratique actuelle, le Conseil des Etats a validé en juin dernier un contre-projet fixant explicitement dans la Constitution que la Suisse est neutre. L'UDC et une partie du Centre soutenaient ce contre-projet.
Celui-ci permet d'ancrer le principe de neutralité dans la Constitution, a estimé Sidney Kamerzin (Centre/VS). Mais il a refusé d'aller plus loin et de définir cette neutralité, comme le souhaitait l'UDC.
Au final, le National a rejeté l'initiative et le contre-projet. Le Conseil fédéral était du même avis. La neutralité est déjà mentionnée dans la Constitution, mais elle n'a volontairement jamais été définie de manière précise, a rappelé le ministre des affaires étrangères Ignazio Cassis.
Le gouvernement a ainsi toujours pu répondre "de manière appropriée" à toutes sortes de situations difficiles. Et de refuser tout revirement dans la pratique. Il n'y a aucune nécessité d'agir, selon lui. "L'initiative n'apporte aucune plus-value."
Le peuple sera appelé à voter sur le texte. Ce sera la première fois qu'Ignazio Cassis sera confronté à un vote populaire.