Berne ne doit pas jouer de rôle particulier lors de l'Assemblée générale des Nations unies le 20 septembre, lorsque les Palestiniens présenteront une demande d'adhésion de leur Etat à l'ONU, a déclaré le président de la CPE-E Eugen David (PDC/SG), à l'issue d'une réunion de la commission à St-Gall.
Le Conseil de sécurité doit d'abord prendre position, a estimé le sénateur saint-gallois, rappelant que la Suisse ne fait pas partie de cet organe.
Encore rien de concret
Selon lui, la Confédération et les grandes puissances détentrices du droit de veto n'ont pas encore pris de décision définitive sur la position à adopter. Dans les pays européens - qui se sont mis d'accord sur le principe d'une politique extérieure commune -, les discussions montrent des points de vue divergents.
La commission de politique extérieure du Conseil national se réunira lundi pour discuter du dossier. Le gouvernement prendra sa décision en dernier.
Interrogé mardi par l'ats, le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) restait très prudent sur la question. "Il n'existe actuellement aucun texte ni aucun projet de résolution concret. La Suisse arrêtera sa position en temps opportun", ont répondu les services de Micheline Calmy-Rey.
Concepts pratiques
Selon M. David, Berne pourra toujours proposer à l'avenir des concepts pratiques. La Suisse avait ainsi parrainé dès 2003 l'Initiative de Genève. Ce plan de paix non officiel - qui est resté lettre morte - portait notamment sur les questions des frontières, des transports ou encore du commerce, a-t-il rappelé.
Selon Eugen David, le débat sur la Palestine ne peut être comparé à celui sur l'indépendance du Kosovo, déclarée en février 2008. La Confédération, où vivent près de 200'000 Kosovars, avait alors un besoin urgent d'un partenaire fiable. Berne n'avait alors aucun accord avec Belgrade sur les renvois de Kosovars.
Préparation des arguments
Dans l'attente de septembre, Israéliens et Palestiniens fourbissent leurs armes. Les deux parties ont ainsi présenté leurs arguments lors d'un débat organisé lundi soir à Berne. L'ambassadeur israélien en Suisse Ilan Elgar a accusé les Palestiniens de vouloir "isoler Israël sur le terrain diplomatique".
Selon lui, une acceptation de l'adhésion de la Palestine à l'ONU ne serait qu'une "victoire symbolique". Mais le conflit israélo-palestinien ne peut pas être réglé par "des pressions extérieures", elle doit passer par la voie bilatérale, a-t-il martelé.
A l'inverse, l'ambassadeur palestinien auprès des Nations unies à Genève, Ibrahim Khraishi, estime que le passage devant l'Assemblée générale de l'ONU est le seul moyen de relancer les négociations de paix, car "tous les autres moyens pacifiques ont été épuisés".
M. Khraishi espère que les Etats-Unis changeront d'avis - "faute de quoi, nous parlerons avec ceux qui nous écoutent", a-t-il menacé. Les Palestiniens ont également cherché le dialogue avec la Suisse et espèrent qu'elle reconnaîtra prochainement leur Etat.
"Une erreur"
Pour Riccardo Bocco, professeur à l'Institut de Hautes Etudes Internationales et du Développement (IHEID) de Genève et spécialiste du Proche-Orient, ce serait "une erreur" de la part de la Suisse de s'abstenir ou de s'opposer à une adhésion palestinienne à l'ONU.
Dire non, ce serait aller à l'encontre d'une certaine cohérence de sa politique extérieure, du principe des Conventions de Genève et du droit international et de l'esprit du CICR: "cela ferait tache", juge l'expert de l'IHEID.
ATS, 16.08.2011