Berne (ats) Samuel Schmid a commis une «erreur lourde de conséquences» en choisissant Roland Nef comme chef de l'armée. Dans son rapport, la commission de gestion du National s'en prend durement au conseiller fédéral, mais aussi à Christophe Keckeis et Roland Nef.

Avec la procédure de sélection choisie, le ministre de la défense avait seul toutes les cartes en main. Or il a mal évalué l'importance de l'existence d'une procédure pénale en cours contre Roland Nef pour contrainte à l'égard de son ex-compagne et n'a pas agi avec le soin nécessaire, souligne le rapport publié vendredi.

Pas assez attentif

Vu la fonction concernée et le type d'accusation, il aurait fallu être extrêmenent attentif. «Etant parti du principe qu'il devait s'agir d'une séparation difficile comme tant d'autres, Samuel Schmid n'a pas cherché à savoir ce qui se cachait derrière les accusations» à l'encontre de Roland Nef.

Selon la commission, le conseiller fédéral aurait dû exiger d'en savoir plus pour pouvoir évaluer si le candidat disposait des caractéristiques personnelles requises (intégrité, résistance au stress) pour un futur chef de l'armée. Il aurait été nécessaire de connaître le contenu exact de la procédure en cours pour évaluer le
risque encouru en proposant Roland Nef au Conseil fédéral.

Il aurait en outre été du devoir du ministre de la défense d'exiger de l'Appenzellois qu'il l'informe avant sa nomination par le gouvernement. Et si ce dernier s'y refusait, il aurait fallu l'exclure de la procédure de sélection.

Oublis de Samuel Schmid

Le rapport revient aussi sur les «oublis» de Samuel Schmid. «Force est de constater que ce n'est pas en avril 2007 qu'il a été informé pour la première fois de l'existence d'une procédure pénale mais qu'il en avait déjà entendu parler le 14 novembre 2006 même si c'était de façon rudimentaire».

Pire, le chef de l'armée de l'époque Christophe Keckeis l'a ensuite rendu à plusieurs reprises attentif à cette affaire. Il a renouvelé ses mises en garde deux jours avant la nomination de l'Appenzellois le 8 juin 2007.

Samuel Schmid lui a alors demandé d'avoir un entretien dans les plus brefs délais avec Roland Nef et de le tenir informé de ses conclusions dans les 24 heures, alors même qu'il avait déjà décidé de proposer cet officier au gouvernement pour le poste de chef de l'armée.

Selon la commission, le ministre de la défense «porte la responsabilité principale du fait que tous les signes sur la procédure pénale en cours ont été négligés». La responsabilité de Samuel Schmid n'est en rien amoindrie par les tentatives de Roland Nef de minimiser les accusations à son encontre. Un tel excès de
confiance relève d'un «manque de diligence».

Keckeis et Nef

Le rapport n'est pas tendre non plus avec Christophe Keckeis, qui a lui aussi sous-estimé les implications potentielles de la procédure contre Roland Nef et lui a aussi témoigné un excès de confiance. L'ex-chef de l'armée aurait dû non seulement interroger l'Appenzellois mais exiger qu'il l'informe du contenu de la
procédure.

Roland Nef ne s'en sort pas mieux. Le devoir d'information et de loyauté auraient exigé qu'il informe lui-même Samuel Schmid ou Christophe Keckeis des accusations exactes à son encontre avant d'être nommé chef de l'armée. En se portant candidat à un tel poste, il ne peut plus partir du principe qu'une procédure pénale
est une affaire uniquement personnelle.

L'attitude de l'Appenzellois a largement contribué à ce que les accusations à son encontre ne soient pas considérées avec l'attention requise. Roland Nef a d'ailleurs refusé de donner ces renseignements à la commission de gestion et de lui accorder l'autorisation de prendre connaissance du contenu de la procédure.

28 novembre 2008