Interrogé mercredi par la presse sur les chances du procureur de rester en fonction jusqu'en 2015, le conseiller aux Etats Dick Marty (PLR/TI) a renvoyé à Mme Soleil pour une réponse. La majorité de la commission judiciaire a estimé que les critiques émises contre Erwin Beyeler quant à son intégrité et sa capacité de direction ne sont pas fondées.
Pressés de questions sur ces critiques, les représentants de la commission n'ont pas souhaité entrer dans les détails. Nous ne sommes pas une commission de gestion, a répondu Reto Wehrli (PDC/ZG), tout affirmant que le thèse d'un complot contre Christoph Blocher n'avait pas été abordée.
Tout au plus Dick Marty a-t-il précisé qu'aucune preuve ni aucun indice concret convergent n'avaient été apportés quant aux soupçons de mensonge de la part du procureur."On s'est rendu compte que la majorité des critiques basées sur des articles de presse ne tenaient pas la route".
Et l'ancien procureur cantonal tessinois de souligner qu'être sur la sellette n'était pas une spécificité fédérale. "Un procureur qui fait son travail a toujours des ennuis avec la presse et la politique".
Ne pas déstabiliser le MPC
Pour la majorité de la commission, l'élection d'Erwin Beyeler serait un acte responsable afin de ne pas déstabiliser un Ministère public de la Confédération en pleine restructuration. Le MPC n'a rien à voir avec l'ancien parquet, a rappelé Dick Marty. Il s'est vu attribuer de nouvelles fonctions autrefois assumées par les cantons en matière de lutte contre le crime organisé, la criminalité internationale et le blanchiment d'argent.
Ce renforcement était juste, même s'il faudra apporter des corrections, selon le libéral-radical. Reste que les cas que le MPC doit traiter demandent des enquêtes parmi les plus complexes.
Pour ce faire, il augmenté ses effectifs de manière "spectaculaire". "Il n'y a jamais eu une telle transformation dans l'histoire judiciaire suisse". Et les policiers les plus compétents ne sont pas tous passés des cantons à la Confédération.
Eventuelle élection en automne
Dans ces conditions, ne pas reconduire Erwin Beyeler dans ses fonctions aurait des conséquences extrêmement importantes, a averti le Tessinois. Le Parlement, qui devra pour la première fois procéder à l'élection du procureur général de la Confédération, aura le dernier mot.
Le titulaire du poste se représentant, la commission n'a pas lancé jusqu'ici de mise au concours ni fait appel à des candidatures externes. Une procédure publique de recrutement n'interviendra que si l'Assemblée fédérale ne réélit pas Erwin Beyeler.
Il faudra alors tout reprendre à zéro, a noté Reto Wehrli. Le cas échéant, l'élection devrait avoir lieu durant la session d'automne afin que le nouveau titulaire puisse prendre ses fonctions en janvier.
Salves de critiques
Dès sa nomination en été 2007, Erwin Beyeler a été dans la tourmente. Choisi pour reprendre le flambeau du contesté Valentin Roschacher, parti sous la pression, il a dû gérer la fusion du MPC et de l'Office des juges d'instruction fédéraux ainsi que la mise en place d'une nouvelle autorité de surveillance.
Erwin Beyeler a également hérité de deux dossiers hautement sensibles: celui des Hells Angels ainsi que celui d'Oskar Holenweger. Dans cette dernière affaire, après une longue procédure, le Tribunal pénal fédéral a décidé fin avril de blanchir l'ancien banquier, déboutant ainsi sur toute la ligne le MPC.
Le rôle joué par Erwin Beyeler dans ce dossier a également été critiqué, notamment dans l'engagement comme informateur d'un baron de la drogue, dénommé Ramos, alors qu'il était encore en poste à la Police judiciaire fédérale. Erwin Beyeler a affirmé qu'il avait été impliqué uniquement dans la phase de préparation et qu'il n'avait ensuite plus eu à faire avec ce dossier.
ATS, 25 mai 2011